Entretien avec Brigitte Lahaie (France) – Interview – 1987 – Revue Impact

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Brigitte Lahaie – Entretien en 1987 pour la revue Impact

En 74 Linda Lovelace révèle au monde entier les techniques de la gorge profonde par le biais d’un bouquin intitulé sobrement Linda Lovelace par Linda Lovelace. La même Linda (Lovelace), après 15.000 films de cul et autant de partouzes, milite maintenant contre le porno. Allez comprendre. Le livre de Brigitte Lahaie, « Moi la scandaleuse », n’est quant à lui ni un traité de sexe au logis ni une étude psy et chiante du X mais l’histoire simple d’une fille qui a découvert un beau jour le porno et qui en a vécu durant 4 ans. Scandaleux ? En fait, pas tant que ça; le ton reste frais, évite de choquer gratuitement et n’est en rien comparable à un règlement de comptes. Mais comme le dit si bien Brigitte, il y aura toujours des ménagères dans ce pays, et les ménagères…

I. Pourquoi teniez-vous à ce que dans les entretiens précédents on fasse l’impasse osa’ votre passé de star du X ?

B.L. Parce que je l’ai quitté en 80 et que les journalistes continuaient à ne me parler que de ça. Ils me rencontraient pour des films qui n’étaient pas des films pornos mais rien d’autre justement que le porno ne les intéressait. Ma réaction n’était pas celle d’une hypocrite. Je ne renie pas ce que j’ai fait.

I. : A propos d’hypocrisie, il y a quelque chose de très juste dans le livre concernant le rigorisme qui serait lié à la frustration ?

B.L. Oui. Je vais vous donner un exemple. J’ai tourné dans un téléfilm (« Johnny Monroe »); et un directeur de journal de télé, au moment de faire paraître ma photo, s’est écrié « Non, celle-là, elle a fait du X ». Bon, ben lui, pour dire ça, il est certainement allé dans un vidéo club louer une cassette d’un de mes films. C’est ça l’hypocrisie. Faut pas oublier que la majorité des cassettes X sont vendues par correspondance.

I.: Vous n’avez pas peur justement que ce genre de situation se reproduise et nuise à votre carrière ?

B.L. Non, parce que je considère que la franchise est, à la longue, la seule chose payante. Et puis dans la profession, les gens savent que j’ai joué dans des X.

I. Un des problèmes qu’on reproche au porno est qu’il n’y a pas de scénario. Les gens arrivent et pouf sont tout de suite à poil. On a des corps sans âme. Alors qu’on pourrait faire quelque chose de super.

B.L. Là, vous prêchez une convaincue. Mais quand on mêle les genres, les films ne marchent pas. Imaginons un porno policier avec 30 minutes d’intrigue policière, les amateurs de X seraient déçus et les amateurs de policier seraient eux sous le choc, plutôt surpris.

I.: Dans votre livre, il y a des passages qui sont durs à avaler. Le sperme qui peut avoir plusieurs goûts par exemple, sucré, salé, acide, etc…

B.L. C’est pourtant la vérité. Je dis ça pour les ménagères.

I.: Au début du livre, vous précisez qu’il n’y a pas plus de putain dans le milieu du X que dans celui du cinéma traditionnel. Ça, c’est un truc pas évident pour tout le monde.

B.L. Oui, pour les ménagères (sourires). Quand je faisais du X, certaines comédiennes disaient de moi « Brigitte, elle est prête à tout pour réussir »; mais moi, je leur répond « qui ne l’est pas pour réussir !». Prête à tout ne veut pas forcément dire jouer la putain mais il faut faire des concessions.

I.: Il y a deux ou trois passages un peu naïfs dans le livre, le coup de la bicyclette et du premier orgasme fait sourire.

B.L. : Oui, mais quand on a 14/15 ans, on est naïf. Tout ce que je dis dans mon livre est sincère. Je n’ai pas cherché à fausser mes sentiments.

I.: Page 88, il y a un passage surprenant concernant le fait que les actrices doivent aider leur partenaire à se mettre en état d’érection avant la prise.

B.L.: Moi, je trouve ça normal. Nous, on est tout de suite en condition.

I.: Euh…

B.L.: Oui, oui… au besoin on utilise de la vaseline (Rires). Les hommes, il faut les aider.

I.: Et l’équipe est là qui regarde?

B.L. : Vous savez, les techniciens du X sont blasés; la plupart du temps avant qu’on tourne, ils sont dans la pièce d’à côté.

I.: Et vous, est-ce que vous aviez des trucs pour vous mettre en condition ?

B.L. : Non, rien en particulier. Mais je sais que je suis très exhibitionniste et cela m’aidait; ensuite, il faut être vraie et sensuelle.

I. : Puisqu’on en est aux détails, l’histoire du faux sperme, c’est vrai ou c’est du chiqué ?

B.L. : Bien sûr qu’on utilise du faux sperme. Les comédiens éjaculent une fois par jour et c’est suffisant.

I.: Une fois seulement !

B.L. : Eh ! Il faut leur laisser une vie privée. La recette, je la donne pour les ménagères : 3 ou 4 cuillerées à café de lait Nestlé, un blanc d’œuf en faisant attention de ne pas mettre le jaune, et si on veut faire ça bien, un peu de farine. En plus, ça a bon goût. Mais il faut utiliser tout de suite parce qu’après ça colle et ça prend de la densité.

I.: Ce qu’on appelle Raccord Ejac a de quoi impressionner. Ça ne donne pas envie d’être hardeur.

B.L. : Les gens ne se rendent pas compte. Il faut une synchro parfaite entre le réalisateur et le comédien qui va éjaculer. Souvent, celui-ci a mal à force de se retenir. C’est dur d’être un acteur de X. C’est pour ça d’ailleurs qu’il y en a si peu, Richard Allan et quelques autres.

I. : Que pensez-vous de l’évolution du X ? Est-il vraiment asservi, comme vous l’écrivez, par quelques producteurs minables ?

B.L. Oui. A part peut-être des gens comme Marc Dorcel. Il essaye, lui, de faire des trucs valables.

I. : Le X américain est plus ou moins chapeauté par la mafia. Est-ce que vous avez entendu parler d’interférences du milieu dans le X français ?

B.L. : Non, non, absolument pas. Je n’en ai jamais entendu parler.

I. : Est-ce que vous croyez vraiment que le porno a sauvé Canal + ?

B.L. : Ça a donné un coup de fouet. Ils ne se portaient pas très bien quand ils ont annoncé qu’ils programmaient des X. Il y a certainement eu d’autres raisons à leur redressement mais le porno a été, selon moi, d’une grande aide.

I. : Est-ce qu’on peut tourner des X sans aimer ça ? Y a-t-il des filles qui prennent leur pied ?

B.L. : Je n’aime par trop le terme prendre son pied, mais en tournant du X on peut prendre du plaisir. Les filles qui le faisaient à contre cœur ne duraient pas longtemps.

I.: Catherine Ringer, par exemple, on sent qu’elle s’éclatait complètement.

B.L. Oui, oui, tout à fait.

I. : Comment fonctionne la concurrence dans le porno ? Parce que page 126 vous parlez de « gentilles camarades qui envoient des lettres anonymes », charmant !

B.L. : Ça peut paraître paradoxal mais je suis très secrète. Et les autres actrices me prenaient peur une bêcheuse. Je ne parlais pas trop.

I.: Est-ce qu’on vous reconnait dans la rue ?

B.L. : Oui, ça m’arrive. J’ai des fans qui depuis 10 ans m’envoient des lettres en m’écrivant des choses très pures, en m’idéalisant et en m’élevant au niveau d’une déesse.

I.: On a le souvenir de vous dans « Les raisins de la mort », ce plan avec les chiens qui rappelle « Le Masque du démon ». Est-ce que vous aimez les films fantastiques ?

B.L. Oui, beaucoup. J’ai trouvé que « La Mouche » était un film très fort. J’apprécie les films comme « La Mouche » ou alors poétiques. J’ai aussi un faible pour De Palma. Cette année, j’ai détesté « Terminus », je m’y suis ennuyée. « Aliens », c’est bien fait, les effets spéciaux et le reste, mais il est décevant par rapport au premier.

I.: On va finir sur vos projets.

B.L. J’ai un film avec Michel Caputo (« L’exécutrice ») et peut-être un autre avec Jean Rollin. J’aimerais énormément retravailler avec Jean. J’ai aussi une série télé de prévue.

Propos recueillis par Jean-Pierre PUTTERS et Alain CHARLOT.

De:
Date: novembre 2, 2019
Actors: Brigitte Lahaie

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