Le Porno du Siècle – 11/1992 – Lui n°60

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LUI – Novembre 2012 – Le Porno du Siècle

Behind-The-Scenes.fr vous propose la transcription de l’article paru dans le magazine Lui n°60 de Novembre 1992 : « Le Porno du siècle« . Un magazine qui fait dorénavant partie la Bibliothèque Porno de notre Musée du X !

LE PORNO du siècle

SOUDAIN, LE TOURNAGE DE « SORORITY BLUE » TOURNE A LA PARTOUZE…

En réunissant 25 stars mondiales du X sur leur plateau, Craig et Holliday voulaient jouer les Cecil B. De Mille du porno. Ils ont assisté, médusés, à une authentique partouze en direct…

PAR PHIL VOGEL ET JACKIE L. WATT

Huit heures du matin, jeudi 3 septembre 1992, Los Angeles. L’habituel assortiment de Mercedes, de 4×4 genre Jeep Cherokee et de Mazda Miata et autres Japonaises encombre déjà le parking de Panther Studios…. A l’intérieur, Michael Craig et Jim Holliday se penchent sur les feuilles de service et le découpage du film qu’ils sont en train de réaliser. Titre provisoire : « Sorority Blue » Les techniciens, une trentaine en tout, règlent les lumières et montent le travelling sur les 1 000 m² du plateau entièrement tendu de noir. Un traiteur mexicain regarnit la cuisine, située au fond du vaste hangar, pour la journée. Dans le hall d’entrée aux vitrages fumés, des actrices au look californien buste généreux, vêtements collants et crinières léonines attendent de passer au maquillage.

Une journée de tournage comme les autres donc, sous l’éternel azur du ciel de la Cité des Anges… Pas tout à fait. Les Panther Studios ne se trouvent pas à Hollywood, mais à Chatsworth, un quartier résidentiel du nord de Los Angeles où l’industrie du film X américain a installé son Q.G., entre belles villas et centres commerciaux cossus. Et les actrices qui papotent là, gobelet de café en main, s’apprêtent à incarner « live » sous les sunlights tous ces fantasmes qui agitent, la nuit venue, les chambres à coucher de l’Amérique puritaine…

Car le film classé X explose aux USA. Selon les chiffres fournis par « Adult Video News », un magazine spécialisé, 410 millions de cassettes pornos ont été louées en 1991. Le film X représentait, toujours en 1991, 20,7 % du marché de la vidéo « adulte » avec 1575 titres sortis pour un profit de 1,2 milliard de dollars (6 millions de francs environ) contre 992 millions l’année précédente. Le public du X change également puisque, toujours selon « Adult Video News », les femmes, qu’elles soient seules ou en couple hétéro ou homosexuel, représentaient 32,5 % des amateurs déclarés de cassettes X.

Pour satisfaire une telle demande — et faire quelques profits —, les professionnels du genre doivent donc produire à un rythme et pour des coûts de revient qui, là encore, n’ont rien à voir avec ceux de Hollywood. Un film X courant sera tourné en vidéo sur trois jours maximums pour 12 000 dollars de budget. Celui d’un long métrage haut de gamme — il y en très peu — n’excédera en aucun cas 200 000 dollars pour moins d’une semaine de prises de vue. Le succès d’un précédent film, « Sorority Pink I&I I », écrit et tourné par le même duo Craig-Holliday, explique pourquoi « Sorority Blue » se range dans cette catégorie avec un budget de 150 000 dollars pour cinq jours de tournage.

Aujourd’hui, dernier jour : Michael Craig, un vétéran de la scène hard avec plus d’une trentaine de titres à son actif depuis 1990, se prépare à tourner la principale scène de sexe. Celle qui fera accéder « Sorority blue » au statut de film-culte, à l’instar de « Gorge profonde» ou de « Derrière la porte verte ».

Il est 13 heures et quelques dialogues restent à filmer. Les prises se succèdent, fastidieuses, tandis que les actrices émergent les unes après les autres des mains des maquilleuses. Elles sont uniquement vêtues de grandes coupes de soie transparente qu’elles drapent en riant autour de leur nudité. Les heures passent et l’impatience gagne le plateau où s’agite maintenant le gratin des « hardeuses » américaines : Ashlyn Gere, Bionca, Porsche Lynn, Madison, Victoria Paris, et bien d’autres. Le pompier de service, les cheveux blancs et la soixantaine tranquille, vérifie que personne ne fume sans se montrer impressionné par les poitrines généreuses et souvent siliconées qu’arborent rousses. brunes et blondes de toutes statures. Même attitude chez le grutier chargé de manœuvrer la dollv : « Ifs a working day like any other » (C’est un jour de boulot comme les autres), affirme-t-il, avec un clin d’œil entendu…

17 heures : « We want sex ! » Les stars du porno — elles sont vingt-cinq maintenant — commencent à en avoir assez d’attendre, et le font savoir avec humour et à grands cris. Craig et Holliday, plus spécialement chargés d’organiser les scènes hard, les réunissent autour d’eux, comme une équipe de baseball avant une finale. 11 s’agit, leur expliquent-ils, de battre le record établi dans « Sorority Pink 1&11 » où 13 participantes faisaient l’amour ensemble…

Action ! Les lumières et le son réglé, l’indispensable clap filmé, la caméra commence à parcourir au ras du sol le cercle des 25 actrices imbriquées les unes dans les autres, jambes levées. Puis l’appareil monté sur sa grue s’élève. Sur les indications du metteur en scène tel un chorégraphe réglant un pas de danse, le cercle se rétrécit doucement. Les caresses débutent, les bouches se joignent aux mains dans leur exploration, s’approchent puis s’emparent des zones intimes. La caméra continue à monter pour filmer en zoom avant les corps qui roulent lentement vers l’intérieur, les ongles rouges faisant tache sur des épidermes dorés ou parfaitement blancs…

Jusque-là, rien que de très normal : les actrices comme les techniciens sont des pros. Ils savent que, en matière de X comme dans tout business, le temps, c’est de l’argent. Cut : le plan terminé, la grue redescend pour en détacher la caméra. Et c’est à ce moment précis que l’extraordinaire commence : alors que, d’ordinaire, les acteurs profitent de ces interruptions techniques pour reprendre leur souffle, là, aucune des protagonistes ne rompt le cercle magique…

Une tension perceptible envahit maintenant le plateau. Retranchés dans la pénombre, les spectateurs, pourtant blasés, sont devenus voyeurs et le grutier perd son petit sourire. Dans la lumière crue des projecteurs, la scène bascule dans une autre dimension, comme soumise à l’attraction irrésistible de la jouissance. Le cercle est maintenant disloqué, fragmenté en groupes qui se font et se défont suivant l’inspiration des participantes et leur bon plaisir. Aux gémissements stéréotypés, de rigueur dans tout film X, font place de véritables cris puis des hurlements de plaisir de moins en moins simulés. D’abord cloué sur place par la surprise, Craig profite d’un événement qu’il ne maîtrise plus : caméra à l’épaule, suivi d’un preneur de son, il s’improvise reporter. Le petit groupe enjambe les actrices enlacées, au milieu des cris et des obscénités qui fusent de toutes parts. Un technicien qui le suit, torche à la main, « débouche » les ombres. Il fait ressortir devant l’objectif le fantastique ballet des mains sur des corps mouillés de sueur ou crispées sur des seins aux pointes gonflées. Il s’attarde sur des sexes ouverts, des visages crispés par l’approche du plaisir ou délivrés par son explosion. Ainsi filme-t-il la brune et pulpeuse Bionca, prise dans un enchevêtrement de corps, hurlant « Give it to me ! » (Donne-moi tout !) à celle qu’elle chevauche et qui a enfoui son visage entre ses jambes.

L’orgie va durer plus de deux heures d’une frénésie haletante, toujours renouvelée. Les metteurs en scène, ravis des prises de vue, s’épuisent à hurler en vain « C’est dans la boîte », mais rien ne semble pouvoir mettre fin à ces fantastiques chevauchées érotiques. Alors, il ne leur restera plus d’autre solution que de couper la lumière dans tout le studio…

« Cinq filles m’ont prises en charge, toutes ces langues, tous ces doigts… Je suis claquée, vannée », témoignera plus tard Kelly O’ Dell qui n’est pas, affirme-t-elle, plus lesbienne que les filles qui rom comblée. Pas plus que les autres participantes ou témoins de la scène, l’actrice ne pourra d’ailleurs expliquer ce qui s’est réellement passé ce jeudi devant la caméra de Michael Craig. Si ce n’est par l’excitation de participer à une scène encore jamais réalisée, et la liberté sensuelle offerte par l’absence d’homme dans leur groupe.

Le cinéma non X a toujours été un travail difficile, sinon ennuyeux, où chaque minute de tournage effectif se paye en heures d’attente. Les impératifs économiques qui commandent à l’industrie du porno lui évitent au moins ce genre de désagrément. Les « hardeurs » travaillent dix à douze heures par jour de tournage, « ce qui laisse peu de temps pour la rigolade hors caméra », comme le rappelle une professionnelle. On ne peut évidemment endurer de telles cadences de travail sous la contrainte. Non, les héroïnes de « Sorority Blue » ont toutes choisi de gagner leur vie ainsi, et se considèrent avant tout comme des comédiennes, évidemment très spécialisées. « Le cinéma porno, c’est en grande partie une question d’alphabet », s’amuse l’ex-super-star du hard Traci Lords : « La plupart des actrices commencent à tourner dans des séries B, sinon Z… Nous, c’est dans le X ! »

Leurs prestations sont négociées sur la base de la journée ou de la scène, la somme finale variant selon le nombre de scènes par jour et leur contenu. Pour les hommes, en général moins rétribués que leurs consœurs, le salaire moyen va de 150 à 300 dollars par scène, pour deux scènes par jour. Les femmes les moins payées touchent pour leur part au moins 250 dollars par jour, les stars débutant à 1 250 dollars. L’argent ainsi gagné n’approche en rien celui que Hollywood distribue à ses vedettes, mais une actrice de talent peut facilement gagner plus de 100 000 dollars annuels. Soit ce que gagne un avocat bien coté… A condition, bien entendu, d’accumuler jusqu’à 75 films entre le ter janvier et le 31 décembre. Ashlyn Gere, qui touche normalement 1 200 dollars par jour, a accepté de tourner « Sorority Blue » pour cette somme. Autant dire pour le plaisir… Un signe de plus que ce film est d’ores et déjà entré dans la légende souterraine du film Pornographique…

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Date: décembre 27, 2019

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